On nous a appris à découper le temps en une seule grande ligne droite. Janvier, les résolutions. Décembre, le bilan. Et entre les deux, on court.
Je crois que ce découpage nous fait rater l'essentiel.
Parce que la vie ne se transforme pas le 31 décembre, un verre à la main, en relisant une liste d'objectifs. Elle se transforme dans des moments bien plus discrets. Souvent en plein milieu. Souvent quand on ne l'attend pas.
Nous voici à la moitié de l'année. Six mois se referment. Et pour beaucoup de femmes, ces six mois ont été une longue ligne de tâches accomplies, de présence donnée, de choses tenues. On a fait ce qu'il fallait. On a été là, pour tout le monde.
Puis l'été arrive. Et il fait une chose que rien d'autre ne fait dans l'année : il ralentit la machine.
C'est précisément là que quelque chose remonte.
Quand le rythme tombe, quand il n'y a plus, dans l'instant, rien d'urgent à gérer, le silence revient. Et dans ce silence, une question se glisse, presque à voix basse : tout ça, pour aller où ? Beaucoup de femmes la repoussent aussitôt. Elles la prennent pour de la fatigue de fin de semestre, un coup de mou de vacances. Elles se trompent.
Ce n'est pas un coup de mou. C'est un cycle qui demande à être regardé.
Et c'est là que je veux être nette, parce que c'est tout le contraire de ce qu'on enseigne d'habitude. Clôturer un cycle, ce n'est pas faire des comptes. Ce n'est pas dresser la liste de ce qu'on a réussi et de ce qu'on a manqué, pour repartir de plus belle avec de nouveaux objectifs. Ça, c'est de la gestion. Ça ne transforme personne.
Clôturer vraiment un cycle, c'est s'arrêter assez longtemps pour sentir ce qui, en soi, a changé. C'est reconnaître qu'on n'est plus tout à fait la femme qui a commencé l'année. Qu'une version de soi s'est achevée en chemin, sans cérémonie, sans qu'on l'ait décidé. Et que quelque chose d'autre cherche, déjà, à prendre sa place.
C'est un seuil. Un de plus. L'endroit où l'ancienne version ne suffit plus, et où la nouvelle n'a pas encore de visage.
La plupart du temps, ce moment passe inaperçu. On le laisse se refermer dans le bruit de la rentrée. On reprend le rythme, on remplit l'agenda, et on attend décembre ou janvier, ou le prochain grand prétexte pour, peut-être, s'autoriser à se poser la vraie question. Et l'occasion passe.
Je crois qu'il y a une autre manière de faire. S'arrêter quand le moment se présente, même s'il ne tombe pas sur une date ronde. Écouter ce qui remonte quand le silence le permet, au lieu de le couvrir. Faire de cette clôture de mi-année non pas un bilan, mais un rendez-vous avec soi.
Parce que les cycles que nous refusons de clôturer ne disparaissent pas. Ils reviennent. Plus tard, plus fort, et le plus souvent à un moment que nous n'aurons pas choisi. La vie finit toujours par poser les questions qu'on s'est trop longtemps épargnées.
Alors voici la mienne, pour toi, maintenant que la moitié de l'année se referme : qu'est-ce qui, en toi, a changé depuis janvier et que tu n'as pas encore osé regarder en face ?