← Tous les articles Et si la vraie question de la rentrée n'était pas ce que vous allez faire, mais qui vous allez devenir ?

Et si la vraie question de la rentrée n'était pas ce que vous allez faire, mais qui vous allez devenir ?

28 August 2026

Chaque rentrée professionnelle semble nous ramener à la même question : qu'allons-nous faire cette année ? Quels objectifs atteindre, quels projets reprendre, quelles priorités fixer, quelle organisation mettre en place pour être plus efficace et ne plus nous laisser déborder ?
Toutes ces questions ont leur utilité. Mais elles peuvent aussi nous maintenir dans une logique rassurante, celle qui consiste à changer notre manière de faire sans jamais interroger la femme qui agit. Or, à certains moments d'une vie professionnelle, améliorer son organisation ne suffit plus. Le problème n'est pas toujours que nous faisons mal les choses. Il arrive simplement que la manière d'être qui nous a permis de construire notre place jusqu'ici ne corresponde plus à celle que nous voulons désormais occuper.

Une transition peut commencer sans que rien ait encore changé
Nous associons généralement la transition professionnelle à un événement visible : une reconversion, une promotion, un départ, une création d'entreprise. Pourtant, elle commence souvent bien avant que la fonction change.
Elle commence lorsque nous ne parvenons plus à nous reconnaître entièrement dans notre manière de travailler. Lorsque nous ne voulons plus nous rendre indispensables de la même façon. Lorsque nous ne supportons plus de rester silencieuses dans certaines conversations, et que nous désirons exercer une influence différente, investir de nouveaux espaces, porter une parole qui nous ressemble davantage. Extérieurement, rien n'a encore bougé. Intérieurement, l'ancienne identité professionnelle ne suffit déjà plus.
Les travaux d'Herminia Ibarra sur les transitions professionnelles éclairent ce mouvement. Cette identité n'évolue pas d'abord par une décision intellectuelle : elle se transforme lorsque nous observons d'autres manières d'exercer un rôle, que nous expérimentons de nouveaux comportements et que nous les confrontons à notre ressenti comme aux réactions de notre environnement. Nous ne devenons donc pas une nouvelle personne avant d'agir. Nous commençons à devenir autrement en nous autorisant à agir différemment. Ibarra rappelle d'ailleurs une chose essentielle : nous ne troquons pas une identité contre une autre, nous reconfigurons l'ensemble de nos possibles. Il ne s'agit pas d'effacer celle que nous avons été, mais de créer assez de continuité pour que celle qui émerge ne soit vécue ni comme une trahison, ni comme une imposture.

Le travail fourni ne suffit pas toujours à déterminer la place occupée
Nous avons longtemps appris à penser la progression à partir de l'effort : bien travailler, être fiable, produire des résultats, et attendre que la qualité de notre contribution soit reconnue. L'effort et la compétence restent indispensables, mais ils n'expliquent pas toujours l'accès aux responsabilités, à l'influence ou aux opportunités.
La valeur professionnelle n'existe jamais totalement en dehors d'un système humain, dans lequel elle doit pouvoir être identifiée, comprise, soutenue et reliée à des occasions d'agir. Il ne s'agit pas de « se vendre » ni de remplacer la compétence par les relations. Il s'agit de comprendre que l'organisation ne voit pas tout ce que nous faisons : elle perçoit ce que nous parvenons à rendre lisible de notre contribution, de notre pensée et de notre capacité à avoir de l'impact.
La place professionnelle ne se construit donc pas seulement à travers ce que nous faisons, mais aussi à travers la manière dont nous participons aux conversations importantes, développons des relations, formulons nos désaccords, défendons une idée et nous autorisons à exercer une influence. C'est peut-être cela qu'une organisation finit par percevoir : non pas une posture jouée, mais une manière cohérente d'habiter son rôle. La question n'est alors plus seulement « qu'est-ce que je suis capable de faire ? », mais « quelle place suis-je prête à occuper à travers ce que je sais faire ? ».

Qui sommes-nous en train de devenir à travers ce que nous faisons ?
Au-delà de la carrière, il y a pour moi une question plus profonde. Nous considérons souvent le travail comme une fin : réussir un projet, obtenir une fonction, bâtir une réputation, atteindre un niveau de responsabilité. Mais ce que nous faisons est aussi le terrain à travers lequel nous devenons.
Une conversation difficile peut nous apprendre à ne plus nous abandonner face au désaccord. Une responsabilité, à décider sans tout contrôler. Une prise de parole, à rendre visible une pensée que nous gardions en retrait. Un échec peut nous obliger à distinguer notre valeur de nos résultats. Et une réussite peut nous confronter à une question inattendue : maintenant que j'ai atteint ce que je voulais, est-ce encore là que je veux continuer à grandir ?
Je ne crois pas que l'objectif d'une vie soit seulement d'accumuler ce que nous avons fait. Je crois qu'il est aussi de regarder la personne que nous sommes devenue en le faisant. Cela ne rend pas nos réalisations secondaires, cela leur donne une autre profondeur. Le travail cesse alors d'être un simple lieu de performance. Il devient un lieu où l'on se façonne.

Avant de reprendre, une autre réflexion
Peut-être que cette rentrée ne vous demande pas d'abord un nouvel objectif. Peut-être vous demande-t-elle de regarder la femme qui s'apprête à reprendre son travail.
La manière d'être qui vous a conduite jusqu'ici est-elle encore celle dont vous avez besoin ? Quelle place continuez-vous à occuper par habitude, par loyauté ou par prudence ? Dans quelles conversations votre présence est-elle devenue nécessaire ? Quels espaces avez-vous envie d'investir, non pour être davantage vue, mais parce que vous avez désormais quelque chose à y apporter ? Et surtout, quelle femme avez-vous envie de devenir à travers ce que vous allez faire cette année ?

Si vous sentez un décalage entre la place que vous occupez aujourd'hui et celle que vous désirez prendre, je vous propose une séance Clarté offerte, de 45 minutes. Un temps pour mettre des mots précis sur ce qui est en train d'évoluer, et discerner le premier mouvement qui pourrait ouvrir la suite. Vous pouvez me contacter directement pour en parler.

Souha Karouche

Découvrir l'accompagnement Leadership Intérieur™